anne creissels, alias violette kant
interférences sibyllines
conférence-performance, 2025, durée : env. 15'
Performances oraculaires (org. : Marie-Aimée Lebreton et Eugénie Péron-Douté), FRAC Lorraine, Metz, 5 mai 2025
« Langage », entend-on subrepticement, avant un rembobinage introductif. Des images de sibylles antiques et contemporaines défilent, la conférencière attend, prête pour son play-back. C’est un discours démonté, où des bribes de phrases se frayent un chemin à travers les interférences de la bande-son : « conférence-performance… le savoir et le performatif… corporéité d’un énoncé théorique… inconscient du langage… corps et esprit… transmission du savoir… matérialité… dispositif d’énonciation… forme critique de performance langagière… ritualisation de la parole savante… incorporation… altération du pur esprit… résurgence… de l’oracle… corps vecteur… traversé par de l’indicible… censé délivrer un savoir… place… statut du corps… féminin… acte de langage… acte de langage… ». Des chuchotements se superposent par moments, matérialisant la petite voix intérieure qui inhibe la conférencière mutique « lève le doigt avant de prendre la parole !… mais vas-y !… t’es sérieuse ?... t’as donné ta langue au chat ?... ». Les gestes de transmission apparaissent comme la traduction polysémique de ces propos devenus inaudibles.
mon histoire féministe de l'art
conférence-performance, durée : env. 25' (créée en 2019)
SOMA, Marseille, 20 mars 2025
Une table, une chaise, un ordinateur, un PowerPoint et une oratrice : les ingrédients de la conférence sont là mais les paroles qui se font entendre sont celles de voix enregistrées sur des cassettes à bande, archives retraçant une histoire des représentations dont on comprend qu’elle est aussi une histoire de construction de subjectivités. Travaillée par des souvenirs d’enfant, la conférence se fait récit intime d’un parcours de recherche « affecté », dispositif de spatialisation et d’écoute du refoulé. Cette forme visuelle et incarnée du savoir, fondée sur le montage d’éléments hétérogènes, propose de faire parler les images et, sur une chanson populaire, de déployer, à travers la notion warburgienne de « survivance » du mythe, une histoire féministe de l’art version karaoké réflexif.
contre-feu intérieur
récit performatif (dessins et voix off), 2025, durée : env. 17'
séminaire Arts, écologies, contre-feux, INHA, Paris, 5 mars 2025
« Les motifs personnels et les motifs sociétaux se mêlent parfois. Le combat est souvent intérieur, les idéaux sont souvent intimes. On manifeste sa colère, on manifeste son désir de changement. Qu’est-ce qui pousse à s’engager ? Qu’est-ce qui pousse à manifester, à se manifester ? » (extrait de la voix off)
mes réaménagements intérieurs
projet de récit graphique débuté en 2023
violette kant est une chercheuse en art à la sensibilité exacerbée qui, pour surmonter ses angoisses, se concentre sur l’accessoire, le futile, la vibration textile, l’accord chromatique. Pour satisfaire son plaisir rétinien, elle engage des recherches frénétiques, écumant les sites de meubles de seconde main. Elle s’interroge sur la quête de la perle rare, sur les émotions provoquées par les objets, leurs formes, leurs couleurs, leurs matières et leur disposition dans l’espace, sur sa proximité avec les objets. Sur son statut d’objet. L’espace intérieur domestique est d’emblée pensé comme une métaphore de l’intériorité du corps.
mon histoire féministe de l'art
conférence-performance, durée : env. 25' (créée en 2019)
Performing Knowledge (org. : Marion Boudier, Chloé Dechery), Amphi 4, Paris 8, 15 novembre 2021
Une voix enregistrée de petite fille fait résonner une histoire des représentations du féminin dans l'art.
cher·e·s·cher·e·s·cheur·e·s·en·art·s
récit performatif en images, 2021, env. 10'
journée d’étude Libertés recherches Otium Skholé (org. : Florent Perrier, Sandrine Ferret), Université de Rennes, 15 avril 2021
je suis une voix off
enregistrement performatif, 2020, durée : 2'20''
en écoute sur firefly frequencies, vernacular radio for insurgent forms of life and (un)learning, projet initié par Silvia Maglioni, Nikolay Oleynikov, Alessandra Pomarico et Graeme Thomson
« “Je suis une voix off” assumes an agency and embodiment of what is absent, playing on various metamorphoses of a voice recorded on a dictaphone. Interrogating different modalities of presentation, enunciation and knowledge transmission, language becomes material trace as the voice is switched “on” while sliding “off” through gaps, mechanical pauses, rewinds, corrections, stammerings, pitchshifts, voluntary and involuntary overdubs, disintegrating and recomposing, exposing fictions of gender, efficacy and neutrality of speech and relocating them in an indeterminate border zone where the body allows us to hear the multiple voices that inhabit and pass through it as it speaks and is spoken, giving voice to echoes of the unimaginable. » Silvia Maglioni (firefly frequencies)
imageries des corps : embarquement pour un voyage d'affects low cost
récit performatif en images, 2020, durée : env. 20'
Imageries des corps : embarquement pour un voyage d’affects low cost est un récit en
images, en mots et en musique, à la fois intime et commun, sur les imaginaires partageables
du corps, quand subjectivité singulière et mythes collectifs se confondent. La musique
d’attente d’un centre d’imagerie médicale constitue le point de départ de cette investigation
se faisant divagation autour des correspondances réelles et fantasmées entre sons et
formes, mots et images, paroles et actes. Par la libre association, le Body Mind Centering fait
résonner l’imagerie médicale ; les fleurs de Georgia O’Keeffe viennent côtoyer l’iconographie
aseptisée des salles d’échographie à la lumière tamisée ; les effets du neurofeedback
paraissent comparables à ceux de Jean-Sébastien Bach. La théorie du performatif d’Austin
semble s’étendre à l’écoute lorsque la bande-son de l’inconscient met les corps en
mouvement. L’« ambiance artistique » se décline à l’envi, façon cabinet de Freud ou White
Cube, mais l’aspiration au grand art trouve parfois sa naïve résolution dans un parking
souterrain ou un diaporama musical. Faudrait-il avoir peur de la vulgarité des émotions, du
commun des vibrations intérieures ? Et si l’art résidait jusque dans la pauvreté de certaines
formes dévaluées, dans ce voyage des affects, accessible à tou·te·s ?
mon histoire féministe de l'art
conférence-performance, 2019, durée : env. 25'
Regards féministes. Pratiques situées en histoire de l'art et études visuelles, Université de Lille, 28 mai 2019
« À 7 ans, élève en CE1, je participai à un concours de dessin, mettant tout mon coeur à
l’ouvrage, dans l’espoir de le gagner. Ma mère, comme à son habitude peu encourageante
avec moi, m’expliqua que ce n’était pas gagné (sous-entendu avec ce dessin). Elle n’y
croyait pas du tout et ne cacha pas son étonnement quand, victorieuse, je lui annonçai,
quelques temps après, que mon dessin avait été choisi. J’ai intégré, depuis, le fait que ce
dessin avait probablement été choisi, non pour ses qualités plastiques, mais pour sa naïveté.
Ce fût cependant un grand moment quand les membres du jury vinrent en classe me
remettre officiellement la grande boîte de crayons de couleur aquarellables Caran d’Ache. Le
succès de ce dessin a été assez incroyable puisque, non seulement édité en cartes
postales, il a été réutilisé par le centre d’action sociale de la commune, comme illustration
d’un dépliant, et titré pour l’occasion "Mon papa, ma maman". Je ne sais pas si j’avais
pensé représenter mes parents : ceci illustre bien, me semble-t-il, combien l’interprétation
des oeuvres échappe parfois aux artistes. » (extrait de la voix off)
corps ficelé et langue coupée, recette de Ma Gouvernante
conférence-performance, durée : env. 30'
soirée de conférences-performances féministes, artothèque de la ville de Strasbourg, 8 mars 2019
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| capture d'une partie du diaporama accompagnant la chanson |
« C'est le tango des bouchers de la Villette
C'est le tango des tueurs des abattoirs
Venez cueillir la fraise et l'amourette
Et boire du sang avant qu'il soit tout noir
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les gens ayent à bouffer
Faut qu' les gros puissent se goinfrer
Faut qu' les petits puissent engraisser
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les mandataires aux Halles
Puissent s'en fourrer plein la dalle
Du filet à huit cent balles
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les peaux se fassent tanner
Faut qu' les pieds se fassent paner
Que les têtes aillent mariner
Faut qu' ça saigne
Faut avaler d' la barbaque
Pour êt'e bien gras quand on claque
Et nourrir des vers comaques
Faut qu' ça saigne
Bien fort
C'est le tango des joyeux militaires
Des gais vainqueurs de partout et d'ailleurs
C'est le tango des fameux va-t-en guerre
C'est le tango de tous les fossoyeurs
Faut qu' ça saigne
Appuie sur la baïonnette
Faut qu' ça rentre ou bien qu' ça pète
Sinon t'auras une grosse tête
Faut qu' ça saigne
Démolis en quelques-uns
Tant pis si c'est des cousins
Fais-leur sortir le raisin
Faut qu' ça saigne
Si c'est pas toi qui les crèves
Les copains prendront la r'lève
Et tu joueras la Vie brève
Faut qu' ça saigne
Demain ça sera ton tour
Demain ça sera ton jour
Pus d' bonhomme et pus d'amour
Tiens ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin ! »
Les joyeux bouchers, 1955, paroles : Boris Vian, musique : Benjamin Walter
la soutenance : une performance universitaire
conférence-performance, env. 20’, créée en 2017
extrait vidéo : https://vimeo.com/309846389
Partitions (Performances), cycle de performances proposé par Christian Alandete, commissaire d'exposition, Fondation d'entreprise Ricard, 19 novembre 2018
La soutenance a eu lieu il y a un an à Mains d’œuvres à Saint-Ouen ; l’exposé introductif performatif a été suivi d’une discussion de 3h avec les membres du jury. La mise en scène du « temps de parole de la candidate » se voulait une réflexion plus large sur les dispositifs de pouvoir présidant à la légitimation de savoirs et sur les motivations souterraines, personnelles et affectives, d’une recherche scientifique. Hors contexte originel, hors enjeu universitaire, hors fonction utilitaire, le re-enactment de ce rituel pour l’obtention d’un diplôme renforce la possibilité de projection de chacun·e dans cette situation, somme toute commune, d’avoir à « faire ses preuves ». Avec en toile de fond cette question : par quelles voies un corps contraint (par son sexe, son histoire et l’institution) peut-il délivrer une subjectivité dissidente ?
extrait de la délivrance des sibylles
court extrait de conférence-performance, env. 5’
à l'occasion de la présentation du livre Quand le discours se fait geste. Regards croisés sur la conférence-performance (dir. : Vangelis Athanassopoulos) avec Vangelis Athanassopoulos, Vassilis Salpistis, Éric Valette et Jean-Philippe Antoine, Fondation d'entreprise Ricard, 28 juin 2018
Cet extrait consiste en la retranscription écrite d’un texte enregistré, en partie coupé et altéré
par les parasites de la bande son, évoquant une archive ancienne, où il est question de la
théorie lacanienne sur la jouissance féminine : « Pour Lacan, l’autre du langage, l’au-delà du
langage, l’Inconscient du langage est du côté du féminin. La position d’ignorance de la
femme (qui n’est pas, ou pas-toute), est aussi une position d’exclusion (du langage) qui
permet une critique du savoir-même et l’accès à la jouissance, à l’existence ». Le geste
professoral, sur ce paperboard corporel, à l’aveugle, se fait écriture cryptée. À l’endroit où le
texte accroche, le marqueur insiste, macule et transperce le papier, semblant affecter le
corps qui en constitue le support. Le geste mécanique devient lancinant et fait écho à la
violence d’un langage excluant en même temps qu’il constitue une forme de résistance aux
assignations, par l’écriture de soi.
la soutenance : une performance universitaire
conférence-performance, durée : env. 20'
Mains d'oeuvres, Saint-Ouen, 25 novembre 2017
(soutenance performative d’HDR)
Pour être habilitée à diriger des recherches à l’université, je dois en passer par une soutenance, dos au public, face au jury. À quoi mon corps sert-il à ce moment-là ? Ma parole seule peut-elle porter mes idées ? Dans ces conditions, un enregistrement ne ferait-il pas aussi bien l’affaire ? Je veux bien me prêter au jeu de la soutenance mais à condition d’en révéler le caractère performatif et de ne pas prendre la parole. Je serai la petite main qui actionne le powerpoint, le corps détaché de sa voix, le geste emprunté. Ce sera le contre-spectacle de la performance universitaire : une tentative paradoxale d’incorporation du savoir.
corps ficelé et langue coupée : recette de Ma Gouvernante
conférence-performance, reprise (nouvelle version), durée : env. 30’
événement partenaire de l'exposition Performance ! au Tripostal de Lille, centre d'arts plastiques et visuels de Lille Wazemmes, 9 novembre 2017
« La figure de la gouvernante désigne une forme d’autorité en même temps qu’un statut
subalterne de la femme. Elle incarne un paradoxe : nourrice, servante, domestique, chargée
de l’éducation des enfants, elle est tout à la fois celle qui sert et celle qui gouverne. Elle est
au service de ses maîtres, éventuellement leur maîtresse, dévolue aux taches de l’intérieur ;
elle est celle qui n’a pas la parole et qui perpétue la tradition, figure de femme bridée et
autoritaire, garante des préceptes, des rôles à tenir. Les chaussures blanches évoquent la
virginité et le mariage et semblent définir la seule issue honorable pour une femme, à savoir
accepter d’être un objet d’échange dans une société patriarcale. En présentant sa
gouvernante sur un plateau, Meret Oppenheim exacerbe les paradoxes et brouille davantage
encore les rôles servant/servi, maître/esclave manifestant ce lien inextricable entre servitude
et désir de domination ainsi que le souligne Claude Lefort dans sa postface au Discours de
la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie. La gouvernante de Meret Oppenheim est
aussi celle qui gouverne sa vie, la norme à laquelle elle est tenue de coller, son parcours
fléché de femme ; c’est ainsi une personnification de la contrainte intégrée, de l’autocensure
qui empêche d’accéder à un statut de sujet, à son désir et à l’expression de sa subjectivité. »
(extrait de la voix off)
quand le corps délivre des images
conférence-performance, durée : env. 25’
Journées du Matrimoine, en partenariat avec l'UPA (Université populaire d'Arcueil), Anis Gras, Arcueil, 17 septembre 2017
« Dans la danse, le corps peut être considéré comme un outil, instrument du danseur,
instrument possible du chorégraphe, mais il est aussi, et peut-être avant tout, porteur
d’histoires et de significations. La neutralité du corps existe-t-elle ? Ne sommes-nous pas
plutôt face à des fantasmes de neutralité auxquels le corps oppose toujours sa corporéité ?
Par définition polymorphe, à la fois enveloppe charnelle et sujet social, réel, fantasmé,
imaginaire, physique, sexué, psychique, le corps est ce lieu d’impressions, d’échanges et
d’expressions, support privilégié de métamorphoses, lieu d’un déplacement possible, vecteur
d’identités multiples, conscientes et inconscientes. Cette affirmation d’un corps sujet singulier
repose paradoxalement sur la mise en évidence des contraintes du corps, sur la mise en
scène de corps objets, de corps immobiles, de corps "sans qualités", avec des défauts. Le
génie créateur est attaqué dans sa chair. S’attaquer au corps du mythe revient ici à
s’attaquer au mythe du corps : le mythe d’un corps maîtrisé, outil "parfait" de la création.
Instrumentalisations et contre-performances deviennent le moyen d’exposer son corps au
mythe, de faire corps avec le mythe pour mieux le questionner. » (extrait de la voix off)
quand le corps délivre des images
conférence-performance, durée : env. 25’
La conférence comme performance (org. : Nathalie Boulouch, Bénédicte Boisson,
Laurence Corbel, Anne Creissels), Paperboard, Musée de la danse et université Rennes 2, Rennes, 9 mars 2017
La conférence-performance Quand le corps délivre des images met en scène les éléments constitutifs de la conférence d’histoire de l’art (dispositif oratoire, contenu théorique, PowerPoint avec reproductions d’oeuvres) mais avec une conférencière mutique, le texte étant préalablement enregistré et diffusé à travers un dictaphone. Les nombreuses images (104 en tout) défilent de manière autonome à un rythme continu, émancipées du texte qui ne les commente pas plus qu’elles ne l’illustrent. La gestuelle décalée de l’oratrice que j’incarne et les objets que je manipule s’ajoutent aux images projetées de corps, brouillant la frontière entre différents registres de présence. C’est ainsi la capacité des objets et des images à produire du discours qui surgit dans cette transmission du savoir sur le mode sibyllin où le montage d’éléments hétérogènes et la collision qu’il provoque exacerbent les affects liés au fait d’incarner, en tant que femme, une parole d’autorité.
« La performance artistique se situe au point d’articulation du corps et de l’image, révélatrice
des liens complexes unissant le geste et ses représentations. En rupture avec une certaine
tradition, un certain régime de représentation, la performance est pourtant travaillée par des
images et des mythes. La question de la mémoire est inhérente à cette pratique tant les
corps produisent des images qui produisent à leur tour des affects agissant sur les corps.
C’est ainsi que certaines images de performances emblématiques entrent en résonance
avec des représentations phares de notre imaginaire collectif occidental. » (extrait de la voix
off)
la faune et la flore
assemblage éphémère : corps féminin, robe panthère, eau, branches d'arbre
Saint-Hippolyte-du-Fort, juillet 2016
quand le corps délivre des images
conférence-performance, durée : env. 25’
Léda, Daphné, Diane, Pandora, amazones ou sibylles : figures de femmes maintes fois représentées à travers l’histoire de l’art, gestes structurants de la féminité. Que se passe-t-il quand le corps féminin, de grand thème de la peinture, de modèle pour l’artiste et d’objet privilégié de regard et d’appropriation, devient, à travers la performance, outil d’affirmation, sujet auteur ?
extraits vidéo : https://ww w.youtube.com/watch?v=jOPh4SdeaAY
avec le soutien de la Ménagerie de verre dans le cadre des Studiolabs
MESHS Maison européenne des sciences de l'homme et de la société, en partenariat avec l'Université du temps libre, Lille, 30 mai 2016
Léda, Daphné, Diane, Pandora, amazones ou sibylles : figures de femmes maintes fois représentées à travers l’histoire de l’art, gestes structurants de la féminité. Que se passe-t-il quand le corps féminin, de grand thème de la peinture, de modèle pour l’artiste et d’objet privilégié de regard et d’appropriation, devient, à travers la performance, outil d’affirmation, sujet auteur ?
corps ficelé et langue coupée, recette de Ma Gouvernante
conférence-performance, durée : env. 50
programme de performances proposé par Frédérique Lecerf,
commissaire d'exposition dans le cadre du programme DQVTM (Dans quelle vie tu mondes), Musée de la chasse et de la nature, Paris, 6 mai 2015
création 2014-2015 avec le soutien de la Ménagerie de verre dans le cadre des studiolabs
regard sur le travail : Sylviane Masson
Pour servir un véritable festin cannibale, rien de tel qu’une recette de bonne femme. Celle de ma gouvernante vous étonnera par sa simplicité d’exécution et l’effet incomparable qu’elle produit sur tous les sens. Corps décapités, chair animalisée : sur la table de conférence, les images seront disséquées et les mots hachés menu. Bon appétit !
![]() |
| Photographie : DQVTM, Musée de la chasse et de la Nature, © Clara Mill |
« Une paire d’escarpins blancs retournés et ficelés, sur un plateau argenté, les talons ornés
de manchons : telle une volaille rôtie, Ma Gouvernante semble bien prête à déguster.
Typiquement surréaliste, cet assemblage, conçu par Meret Oppenheim en 1936, fétichise et
animalise la femme de façon humoristique. Mais l’oeuvre, tout en activant le fantasme sadomasochiste
d’une féminité muselée à consommer, ne dit-elle pas aussi, de façon également
métaphorique mais davantage critique, l’assignation à la féminité d’une artiste muse et son
affirmation complexe en tant qu’artiste femme ? Dialoguant avec de nombreux mythes et
représentations, et questionnant toute une imagerie de la contrainte du corps féminin, Ma
Gouvernante incite plus largement à examiner le rôle paradoxal des entraves du corps
(réelles et symboliques) dans l’expression d’une subjectivité, en l’occurrence féminine.
Nouvelle façon de "cuisiner" et de "servir" le féminin, en en révélant toute la saveur, c’est
ainsi une recette de "bonne femme" qui nous est transmise : plat de résistance pour un
déjeuner sur l’herbe en fourrure… avec ses pairs (ses pères). » (extrait de la voix off)
machine à coudre parapluie
assemblage : machine à coudre, carcasse de parapluie et volants de badminton en plumes, 2015
![]() |
| © Clara Mill |
la délivrance des sibylles
conférence-performance, durée : env. 20'
Subjectivités féministes, queer et postcoloniales en art contemporain (org. : Marie- Laure Allain Bonilla, Emilie Blanc, Johanna Renard, Elvan Zabunyan), université Rennes 2, 8-10 avril 2015

Comment le savoir se transmet-il ? Sait-on ce que l’on transmet (concept, affect, idéologie…) ? Ces questions en soulèvent d’autres : Qu’est-ce que le savoir fait au corps ? Qu’est-ce que le corps fait au savoir ? Le savoir a-t-il un corps ? Peut-il s’incorporer ? Qu’en est-il de la place et du statut du corps, en particulier féminin, dans l’acte de langage et vis-à-vis du savoir ?

Face au public, derrière le bureau, suivant le dispositif habituel de la conférence. Voix off et
playback. Diaporama en boucle avec représentations de sibylles et images de performeures-conférencières.
Gestes de réflexion, de lecture, d’autorité, de transmission. Manipulations de
feuilles. Modulations de la hauteur de la voix sur le dictaphone. Texte enregistré
partiellement tronqué. Changement de cassette. Fabrication et empilement de rouleaux de
papier. Délivrance du savoir par le souffle. Texte de la voix off chuchoté. Feuilles semées.
Vocalisations couvrant en partie l’enregistrement.
la découpe des culottes, une performance théorique
conférence-performance, durée : env. 20'
programme Partitions Performances
proposé par Christian Alandete, commissaire d'exposition, Fondation d'entreprise Ricard, Paris, 22 septembre 2014
« Chercheuse en art et artiste, Anne Creissels propose des conférences théoriques sous des
formes performatives dans lesquelles sont mises en scène ses recherches autour de la
représentation des mythes dans l’art et plus particulièrement dans ceux traitant du féminin. À
travers notamment l’analyse des différentes occurrences de la combinaison de la femme et
de l’oiseau dans les grands mythes fondateurs de l’histoire culturelle occidentale, en grande
partie héritée des grecs, Anne Creissels s’attache à mettre au jour comment "travaille" le
mythe dans l’art et dans notre inconscient collectif, en évaluant son potentiel subversif. »
Christian Alandete
la découpe des culottes, une performance théorique
solo-conférence avec objets pour une interprète, forme scénique, env. 45’
extraits vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=n0TLOWGiNUU#t=11
avec le soutien de la Ménagerie de verre dans le cadre des Studiolabs (résidences de 2010
à 2014) et de Micadanses (résidence d'interprète de janvier à avril 2014)
regard sur le travail : Sylviane Masson
Studio May B, Micadanses, Paris, 29 avril 2014
Quelle
place pour la corporéité dans un énoncé théorique ? Jusqu’à quel point
la parole peut-elle se désincarner ? Comment l’incorporer
? Dissociations, associations, dénaturations, opérations de déplacement :
et si l’autre du langage se mettait au travail...
Le dispositif de la conférence se heurtant à la scène des fantasmes et
aux jeux de l’enfance, la théorie se fait matériau, les objets délivrent
des messages, les images prennent corps. Face à cet éclatement des
hiérarchies, chaque geste devient alors vecteur d’identités
multiples. Dans l’espace habité par les images fantômes du corps qui
nous portent et nous aliènent dans le même temps, la possibilité d’un
mouvement de résistance et de métamorphose se fait peu à peu jour.
de nature volatile
conférence-performance, durée : env. 15'
Performances et animalités (org. : Hélène Singer), Musée de la chasse et de la nature, 14 novembre 2013
« C’est au XIXe siècle que l’association de la femme à l’oiseau prend littéralement corps. C’est en tout cas à ce moment que l’oiseau se féminise de façon systématique. La figure d’un féminin « volatile » s’épanouit durant ce XIXe siècle marqué par les enjeux nouveaux d’une différenciation des sexes. C’est donc bien à une définition nouvelle du féminin comme opposé au masculin que se trouve liée cette association de la femme à l’oiseau.
Le ballet romantique a, quant à lui, consacré une conception de la danse aspirant à se détacher du sol, en même temps qu’une vision surnaturelle de la femme, faisant place à des êtres hybrides, merveilleux. Une féminisation de la danse s’opère à cette période qui imprégnera fortement les esprits.
Ce mythe de la ballerine romantique déborde en effet la cadre historique du ballet romantique pour installer la figure voulue immuable de la femme faite oiseau. Le fameux Lac des cygnes (composé par Tchaïkovski en 1875-76 et créé en 1877) est ainsi devenu, de façon abusive si l’on se réfère à l’histoire du ballet (car avec plusieurs décennies de retard), le paradigme du ballet romantique, véhiculant une essence de la femme, assurément volatile.
cui cui cui ... … cui, cui, cui... … cui, cui, cui … » (extrait de la voix off)
étranges corporéités
conférence performée avec Philippe Guisgand, durée : env. 50'
vidéo : https://vimeo.com/62438280
vidéo : https://vimeo.com/62438280
Cabaret de curiosités, Journée d'études n° 0 arts visuels arts vivants, Le Phénix, Valenciennes, 15 février 2013
«
« Étranges corporéités » était le titre d’une conférence (réflexions croisées à partir de 100%
polyester, objet dansant n°(à définir) de Christian Rizzo et Caty Olive) donnée en février
2012 à Beaubourg dans la cadre de l’exposition Danser sa vie.
La conférence a été enregistrée par le Centre Pompidou. Comme une parole sans corps, ce
qu’était d’ailleurs aussi un peu cette conférence. Quel sens y aurait-il à la prononcer à
nouveau, dans un autre contexte, tout juste un an après ? Et puisque qu’enregistrement il y
a, pourquoi ne pas plutôt tenter de lui donner corps ? Que déplacerait une mise en scène de
la parole par la présence des corps et des objets ?
Que devient une conférence quand elle est performée ? Une parole peut-elle se réincarner ?
Comment le corps échappe-t-il à l’illustration ? Qu’expose-t-il qui échappe au langage ?
quand les images me font cygne...
brève animalisation sur conférence-diapo, durée : env. 8'
La chair de l'animal (org. : Valérie Boudier), Amphithéâtre de Tourcoing, esa (école supérieure d'art) / université Lille 3 pôle arts plastiques, 13 décembre 2012
Les images m’attirent : comment résister à la métamorphose…
La chair de l'animal (org. : Valérie Boudier), Amphithéâtre de Tourcoing, esa (école supérieure d'art) / université Lille 3 pôle arts plastiques, 13 décembre 2012
Les images m’attirent : comment résister à la métamorphose…
« Dans le mythe, qui a inspiré de nombreuses figurations, Zeus (Jupiter) se métamorphose
en cygne pour approcher Léda et abuser d’elle. La femme fait ainsi l’objet d’une
animalisation par la violence de l’accouplement avec le cygne. Dans le même temps, le dieu
(ou le créateur) s’animalise, devenant bestial au sens propre (par métamorphose) comme au
sens figuré (par la violence qu’il exerce). » (extrait du texte de la voix off)
dessiner sa place
performance, durée : env. 8'
vernissage de l'exposition Actuellement en déplacement, Galerie Les 3 lacs, Villeneuve-d'Ascq, 8 mars 2012
les forces de la nature
performances filmées, 2011
vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=x_SKAnx-wIg&feature=youtu.be
les forces de la nature 1, 1'05''
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| les forces de la nature 2, 41'' |
Sur un mode burlesque, ces deux performances filmées interrogent l’association de la
femme à la nature, à l’animal. Mises en scène grotesques de la puissance et de
l’enfermement, ces actions pointent le caractère construit de ces mythes constitutifs d’une
identité féminine. Le prétendu « naturel » y apparaît comme un cliché, propre à soutenir une
vision parcellaire des choses, à l’image de ce point de vue unique sur la performance (sans
public direct) que la caméra impose.
exercices féminins
performances filmées, 2010
Incarner le désir, la grâce, la légèreté, coller au mythe, au fantasme, faire image : autant d’exercices auxquels se plier pour « devenir » femme. Entre conformation à l’excès et folle résistance, autant d’occasions de dérapages.
trophée
assemblage éphémère : chausson de danse, plumes, rubans, panneau réserve de chasse,
Ménagerie de verre, Paris, 2010
équipement
projet d'accessoires pour match de danse : casque, gant et coussin d'angle en tissu imprimé, dessin, 2009
combinaison de danse
portant à vêtements 165 x 90 x 45 cm, 2 cintres,
camisole de danse pour deux personnes en tissu argenté, 2008
pieds et poings liés
installation : paire d’ailes pour 2 en tissu 15 x 30 cm, bouclier 2 places en fourrure rouge
et tissu d. 50 cm, 2 poupées de chiffon h. 165 cm, 2008
Exposition collective Parcours d'artistes, Pontault-Combault, 6-28 novembre 2008
Pieds et poings liés met en scène la relation à l’autre, à la fois protectrice et aliénante, contraignante mais aussi créatrice de formes nouvelles. Un bouclier deux places et une paire d’ailes pour deux matérialisent cette possibilité de transcender la contrainte.
il faut bien jeter son dé velu
installation
exposition collective Se remet-on jamais de l'enfance ?, Espace Dialogos, Cachan, 10 avril-25 mai 2008

exposition collective Se remet-on jamais de l'enfance ?, Espace Dialogos, Cachan, 10 avril-25 mai 2008

Sur le tapis de jeu de l'enfance, deux êtres s'affairent, une poupée de chiffon entre les mains. Indifférents l'un à l'autre, ils sont absorbés par la tâche qui leur incombe : construire leur identité d'adulte sexué.
Sur la scène du bal, deux être se croisent, portés par leur désir de séduire un autre fantasmé et de faire corps avec lui. Mais ce rêve d'absolu, nourri par l'euphorie du geste, cède soudain face à l'absurde de la situation : dans leurs bras ne vibre qu'une poupée de chiffon.
Dans le face à face tant différé, deux êtres se demandent tout à coup ce qu'ils cherchent. Incapables de continuer mais incapables d'arrêter, ils tentent alors de danser ensemble, dans l'équilibre instable de l'échange.
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